Mémorial de l'internement et de la déportation : le camp de Royallieu à Compiègne

Le nom de Compiègne évoque d'abord un château et une forêt. Il désigne aussi, pour des milliers de familles françaises, le point de départ d'une déportation. Sur le plateau de Royallieu, à trois kilomètres du centre-ville, l'armée allemande a exploité de juin 1941 à août 1944 un camp d'internement et de transit, le Frontstalag 122. Environ 54 000 personnes y ont été internées ; près de 50 000 ont été déportées vers les camps de concentration et d'extermination nazis. Seul Drancy a vu partir davantage de déportés depuis la France.

Depuis 2008, le Mémorial de l'internement et de la déportation occupe une partie du site et raconte cette histoire. Voici les repères essentiels pour comprendre ce que fut ce camp, et quelques indications pratiques pour préparer la visite.

De la caserne au Frontstalag 122

Royallieu est d'abord une caserne, construite en 1913 pour l'armée française. En 1939, les bâtiments servent d'hôpital militaire. Après la défaite de juin 1940, l'armée allemande y regroupe des officiers français et britanniques capturés. En juin 1941, le site change de fonction : la Wehrmacht en fait un camp d'internement pour prisonniers politiques et une réserve d'otages, sous le nom de Frontstalag 122. À partir de l'été 1942, la Sipo-SD, le service de sécurité nazi, en prend le contrôle.

Communistes, syndicalistes, résistants, otages raflés en représailles, civils étrangers, Tsiganes : les internés relèvent surtout de la répression politique. Le camp comprend aussi un secteur séparé, le camp C, réservé aux juifs. La faim organisée et les maladies y relèvent d'une extermination lente ; plusieurs milliers de victimes des persécutions antisémites passent par ce secteur avant leur déportation.

Un camp de transit vers les camps nazis

Royallieu n'est ni un camp de travail ni un centre de mise à mort. C'est une antichambre : les internés y attendent, parfois des mois, le convoi qui les emmènera vers l'Allemagne ou la Pologne occupée. Trois dates résument ce rôle.

  • 27 mars 1942 : le premier convoi de déportation parti de France prend la direction d'Auschwitz. Sur les 1 112 hommes juifs qu'il emporte, 547 viennent de Compiègne, les autres de Drancy.
  • 6 juillet 1942 : le convoi dit « des 45 000 », environ 1 170 hommes, communistes et résistants pour la plupart, part de Compiègne vers Auschwitz. C'est le premier grand convoi de non-juifs à destination de ce camp.
  • 2 juillet 1944 : le « train de la mort » emporte plus de 2 100 hommes vers Dachau. Entassés dans des wagons surchargés en pleine chaleur d'été, plus de 500 d'entre eux meurent pendant le trajet.

Buchenwald, Auschwitz-Birkenau, Neuengamme, Mauthausen, Sachsenhausen, Dachau, Ravensbrück pour les convois de femmes : les destinations disent la suite. La moitié environ des déportés de Royallieu n'est pas revenue.

Les colonnes de déportés traversaient la ville à pied, du camp jusqu'à la gare, sous les yeux des habitants. Ce trajet, resté dans la mémoire compiégnoise, explique la présence d'un second lieu de souvenir : un wagon commémoratif installé près de la gare, côté Margny-lès-Compiègne.

Des noms parmi cinquante mille

Quelques trajectoires individuelles donnent la mesure de ce que fut ce camp. Le poète Robert Desnos, arrêté pour faits de résistance, est interné à Royallieu avant sa déportation au printemps 1944 ; il meurt du typhus au camp de Theresienstadt en juin 1945, quelques semaines après la libération du camp. Charlotte Delbo, résistante, part de Compiègne en janvier 1943 dans un convoi de 230 femmes ; elle survivra et en tirera une œuvre majeure, « Auschwitz et après ». Geneviève de Gaulle-Anthonioz, nièce du général, passe par Royallieu avant Ravensbrück. Michel Hollard, dont le réseau de renseignement a permis de localiser les rampes de lancement des V1, y est interné avant sa déportation à Neuengamme.

À côté de ces figures connues, le Mémorial rend leur identité aux dizaines de milliers d'anonymes : ouvriers, instituteurs, cheminots, commerçants, lycéens. Le mur des noms, sur le site, rassemble les identités des internés et déportés recensés par les historiens.

Le Mémorial, ouvert en 2008

Inauguré le 23 février 2008, le Mémorial de l'internement et de la déportation occupe trois bâtiments d'origine du camp, les seuls conservés. Le parcours historique se déploie dans une douzaine de salles : documents, photographies, lettres de fugitifs et de fusillés, témoignages sonores d'anciens internés. La scénographie s'appuie sur les traces du lieu lui-même, murs et volumes d'époque compris, sans reconstitution spectaculaire. Un audioguide accompagne la visite.

Le choix muséographique est celui de la sobriété : on y entend des voix, on y lit des noms, on y suit des itinéraires individuels du domicile à l'arrestation, de l'internement au convoi. C'est ce qui rend la visite accessible et marquante, y compris pour des visiteurs qui connaissent mal cette période.

Préparer sa visite

Comptez 1 h 30 à 2 h sur place, davantage si vous écoutez l'ensemble des témoignages. Le lieu convient bien aux adolescents, qui abordent cette période au collège et au lycée ; pour les jeunes enfants, mieux vaut différer. Vérifiez les jours et horaires d'ouverture sur le site de la ville de Compiègne avant de vous déplacer.

Pour une journée consacrée au tourisme de mémoire, le Mémorial se combine avec la clairière de l'Armistice, en forêt de Compiègne, où furent signés les armistices de 1918 et de 1940. Les deux sites racontent, à trente ans d'écart, deux moments où l'histoire du siècle est passée par cette ville.

Compiègne se visite aussi pour son histoire, y compris la plus douloureuse : enseignants, familles de déportés, lecteurs de Desnos ou de Delbo viennent parfois de loin et séjournent une nuit ou deux sur place. Si vous accueillez des voyageurs dans la région, mentionner le Mémorial dans votre livret d'accueil, avec la retenue qui s'impose, rend service à ceux qui préparent ce type de séjour. Frenchy Conciergerie accompagne les propriétaires de locations courte durée à Compiègne et publie un guide pratique de la location saisonnière.

Pour aller plus loin

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