La clairière de l'Armistice en forêt de Compiègne : 1918, 1940 et le wagon de Rethondes

Deux fois dans le même siècle, l'histoire de l'Europe s'est jouée dans une clairière de la forêt de Compiègne. Le 11 novembre 1918, l'Allemagne y signe l'armistice qui met fin à la Première Guerre mondiale. Le 22 juin 1940, Hitler impose à la France vaincue de signer sa propre défaite au même endroit, dans le même wagon. On dit souvent « clairière de Rethondes », du nom du village voisin, mais le site se trouve en réalité sur le territoire de Compiègne, à quelques kilomètres à l'est du centre-ville.

11 novembre 1918, 5 h 15 du matin

Début novembre 1918, l'Allemagne demande l'arrêt des combats. Le maréchal Foch, commandant en chef des armées alliées, reçoit les plénipotentiaires allemands, conduits par le ministre Matthias Erzberger, à bord de son train. Les deux convois stationnent sur des voies voisines, en pleine forêt, à l'écart des curieux et de la presse. Trois jours de négociations aboutissent le 11 novembre à 5 h 15 du matin : l'armistice est signé dans le wagon-salon du maréchal. Le cessez-le-feu prend effet le jour même, à 11 heures.

Ce wagon, la voiture 2419 D, n'avait rien d'exceptionnel à l'origine. C'est une voiture-restaurant de la Compagnie des Wagons-Lits, mise en service en 1914 puis aménagée en bureau pour le train du maréchal Foch en 1918. La signature du 11 novembre en fera l'un des objets les plus chargés d'histoire du XXe siècle.

Une clairière transformée en mémorial

Dès l'entre-deux-guerres, le site devient un lieu de mémoire nationale. En 1922, la clairière est aménagée par l'architecte Marcel Magès, à l'initiative de l'écrivain Binet-Valmer. Une dalle centrale marque l'emplacement de la signature, avec une inscription qui dit tout du climat de l'époque : « Ici, le 11 novembre 1918, succomba le criminel orgueil de l'Empire allemand, vaincu par les peuples libres qu'il prétendait asservir ». À l'entrée de l'allée, le monument des Alsaciens-Lorrains, œuvre du ferronnier Edgar Brandt, représente une épée terrassant l'aigle impérial allemand.

Le wagon, lui, est d'abord exposé dans la cour des Invalides à Paris, de 1921 à 1927, avant de rejoindre la clairière dans un abri construit pour lui. L'inauguration a lieu le 11 novembre 1927, en présence du maréchal Foch. Dix ans plus tard, en 1937, une statue du maréchal, sculptée par Firmin Michelet, vient compléter l'ensemble.

21 et 22 juin 1940 : la revanche mise en scène

En juin 1940, après l'effondrement du front français, Hitler choisit ce lieu précis pour l'armistice, par symbole autant que par calcul. Le 21 juin, il se rend à la clairière accompagné de Göring, de Keitel et d'autres dignitaires du régime. Le wagon est sorti de son abri et replacé à l'emplacement exact de 1918. Le 22 juin, le général Keitel pour l'Allemagne et le général Huntziger pour la France signent l'armistice franco-allemand.

La suite relève de l'effacement délibéré. Sur ordre de Hitler, le site est détruit : dalle brisée, monuments abattus, abri rasé. Seule la statue de Foch reste debout, laissée volontairement face à une clairière vidée de ses symboles. Le wagon part pour Berlin, où il est exposé comme trophée. Il brûle en avril 1945 près de Crawinkel, en Thuringe, dans les dernières semaines de la guerre.

Le wagon et le musée aujourd'hui

Après la Libération, la clairière est reconstituée à l'identique : dalle, monuments et allées retrouvent leur disposition d'origine. En septembre 1950, la Compagnie des Wagons-Lits offre la voiture 2439 D, issue de la même série que l'originale. Réaménagée à l'identique avec du mobilier et des objets d'époque, elle occupe depuis un abri-musée reconstruit, prolongé d'une rotonde conçue pour présenter la collection photographique du lieu.

Le musée qui l'entoure mérite qu'on s'y attarde. Sa collection la plus singulière : près de 800 vues stéréoscopiques, des photographies en relief prises pendant la Grande Guerre, à regarder dans des visionneuses. Mobilisation, tranchées, Verdun, fêtes de la Victoire : ces images en trois dimensions restituent le conflit à hauteur d'homme. Agrandi en 1960 puis en 1993, le musée a été rénové et étendu de 250 m² en 2018 ; le parcours suit désormais un fil chronologique qui relie l'armistice de 1918 à celui de 1940.

Préparer sa visite

La clairière se trouve en forêt de Compiègne, sur la route de Rethondes et Soissons ; on y accède en voiture depuis le centre de Compiègne en une dizaine de minutes, ou à vélo par les routes forestières. L'esplanade et les monuments sont en accès libre toute l'année ; le wagon et les collections se visitent avec le billet du musée. Comptez 1 h à 1 h 30 sur place, davantage si les vues stéréoscopiques vous retiennent, ce qui arrive souvent. Chaque 11 novembre, des cérémonies officielles s'y tiennent ; la clairière est alors très fréquentée, ce qui donne au lieu une autre dimension. Le reste de l'année, surtout en semaine, on peut s'y retrouver presque seul face à la dalle et au wagon. Le site reste un mémorial avant d'être une attraction : on y croise des scolaires, des familles de toute l'Europe et des anciens militaires, et la visite s'accorde naturellement à cette tonalité.

La clairière attire des visiteurs de toute l'Europe, parfois en étape entre Paris et les champs de bataille de la Somme ou du Chemin des Dames. Compiègne se visite aussi pour son histoire ; si vous accueillez des voyageurs dans la région, un mot sur ce lieu dans votre livret d'accueil aidera ceux qui construisent un itinéraire de mémoire. Frenchy Conciergerie gère des locations courte durée à Compiègne ; si vous possédez un logement dans le secteur, vous pouvez estimer son potentiel locatif en quelques minutes.

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